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28 Oct 2011, 3:25
Les activistes du commando artistique ont donné une interview exclusive au Moskovski Komsomolets Le collectif artistique Voïna a réussi après quelques années à se rendre célèbre dans le monde entier par ses actions radicales. Mais avec leur notoriété les activistes ont aussi récolté une quantité de problèmes avec la loi. Finalement, l’un d’eux a été résolu: celui impliquant Léonide Nicolaïev pour sa participation à l’action «La Révolution de Palais», l’inculpation pour vandalisme (article 213 du Code Pénal de la Fédération de Russie) a été levée. Pourtant le dirigeant du commando artistique Oleg Vorotnikov et son épouse Natalia Sokol (Koza) sont toujours recherchés. “MK” a pris contact avec le scandaleux collectif artistique. Photo de Vladimir Téléguine Comment prenez-vous la décision de l’instruction? Êtes-vous surpris? Quelle est la première pensée qui vous est passée par la tête lorsque vous avez appris la levée de l’inculpation? Lionya: Que tout est normal. Nous avons longuement fait pression sur les instructeurs jusqu’à ce qu’ils ne puissent plus se cacher dans leur coin. Nous avons les défenseurs les plus forts du pays - AGORA et Dima Dinzé. Dinzé de part sa force n’est même pas un avocat, mais un activiste de Voïna de plein droit. Notre membre honoraire! C’est en effet surprenant, mais en plus pas pour nous, mais pour le Comité d’instruction: les résultats de l’expertise sociologique, effectuée par décision de l’instruction, sont parus. Nous ne doutions pas alors que les professionnels en question - les experts Valery Zaroubine et Natalia Némirova (chaire de sociologie appliquée et du laboratoire sociologique de l’Université pédagogique d’État russe Herzen) feraient leur travail consciencieusement. Mais il a semblé à l’instruction, on ne sait pourquoi, qu’ils avaient devant eux des experts au garde-à-vos, avec lesquels ils pouvaient faire ce que bon leur semble. C’est pourquoi l’instruction a échoué, à cause de son manque de respect envers toutes les parties prenantes à l’affaire de « Voïna »: envers les artistes, envers les avocats, envers les experts. Léonide Nicolaïev dit Lionya Ebnouty Que va faire le groupe « Voïna » maintenant, est-ce que de nouvelles actions nous attendent? Oleg: Nous nous y préparons maintenant depuis des mois. On est forcé de tenir compte de la réalité de notre vie dans la clandestinité totale et d’éviter de faire par mégarde la moindre allusion à nos activités. Des entraînements ont déjà lieu depuis plus de six mois. Après tout ce temps on a déjà réussi à nous couvrir de merde. Des provocateurs ont exposé des contrefaçons à notre nom à la biennale corrompue de Moscou. Les conservateurs vénaux essayent de nous fourrer dans l’infect projet gouvernemental. Beaucoup de merde. Mais le résultat de la future action surpassera toutes les attentes et nous lavera. Natalia Sokol dite Koza ou Kozlionok Les accusations contre Léonide dans l’affaire de « La Révolution de Palais » sont levées, mais mais pas celles contre Oleg? Avez-vous présenté une demande de disculpation également pour Vorotnikov? Koza: On va déposer les demandes concernant Oleg. Les avocats Anastassia Ekimovskaïa et Igor Riabtchikov s’en occupent en ce moment. Et le 24 octobre va avoir lieu le procès contre l’État qui essaye de s’approprier l’argent de la caution d’Oleg. Le pognon a été rassemblé pour nous par notre ami, l’artiste mondialement connu Banksy. Oleg Vorotnikov dit Vor Oleg, vous faites jusqu’à présent l’objet d’un avis de recherche fédéral. Que faîtes-vous pour recouvrer une situation légale? Ou bien vous estimez que c’est le lot d’un artiste d’être dans la clandestinité? Oleg: Je perçois l’avis de recherche criminelle international comme l’une des formes suprêmes de reconnaissance du travail d’un artiste politique ici, sur terre. Maintenant je suis le mal de tête d’Interpol. Ça me flatte et m’oblige beaucoup. Koza ne me le cède en rien non plus: son avis de recherche fédéral pour la pisse jetée sur les flics pétersbourgeois, c’est un exotisme russe moderne, une exclusivité absolue de notre mère Russie. Quelle est votre opinion, pensez-vous que le pouvoir a décidé de laisser « Voïna » tranquille? Pourquoi? Ou peut-être que quelque part en haut on a décidé que plus longuement et activement les activistes de « Voïna » sont persécutés, plus votre renommée sera grande et plus vous attirerez l’attention du côté de la presse? Koza: Le FSB [Service Fédéral de Sécurité] et le MVD [Ministère des Affaires intérieures] nous ont en effet énormément fait de pub. Et ils ne s’y attendaient certainement pas eux-mêmes. Maintenant ils sont plantés dans leurs bureaux et ne savent que faire. Et ils ont clos l’affaire parce que l’instruction a déjà durée plus d’un an, sans aucun résultat. Lors de l’expertise physionomique, prescrite également par l’accusation, on ne nous a pas non plus reconnu. Figurez-vous ça: les flics regardent les meilleurs artistes russes et ne les reconnaissent pas. Et maintenant ils sont déshonorés. Et le gouvernement est déshonoré. Maintenant nous n’allons pas le laisser mourir tranquillement. Il va périr délicieusement! 30 Sep 2011, 3:17
Voïna Wanted: épisode 3
Photo: Vladimir Téléguine. Nouvel épisode dans l’affaire Voïna: après avoir été jeté en prison en novembre dernier, libéré sous caution grâce à une aide conséquente de Banksy, tabassé à sa sortie, “l’idéologue” du groupe Voïna, Oleg Vorotnikov, se voit coller au cul un avis de recherche international par Interpol. Très drôle quand on sait que l’artiste n’a pas pu quitter la Russie, ses papiers lui ayant été retirés! Articles précédents de The Drone sur Voïna: Voïna Ce week-end, une manifestation assez triste avait lieu en Russie. A Moscou, un groupe s’est réuni pour protester contre l’emprisonnement, depuis un peu plus d’un mois, de Leonid Nikolaïev et d’Oleg Vorotnikov, membres du collectif d’artistes anar Voïna (“Guerre”, en russe). Extrêmes, les performances du groupe avaient mis en rogne le pouvoir central, et pour cause: dans un pays où le rigide gouverne, cette bande de fêlés a semé un sacré merdier. Voïna, épisode 2: En décembre dernier, nous vous présentions Voïna, collectif d’artistes russe aux performances choc (peinturlurage d’une bite de 12 mètres de long sur un pont-levant, partouze en public, insertion de volatiles dans les parties intimes…), en guerre ouverte contre le gouvernement Poutine/Medvedev, qui le leur rend bien puisque deux des leaders du groupe s’étaient retrouvé incarcéré manu militari fin novembre pour avoir retourné une dizaine de voitures de flics dans les rues de St Petersbourg. Pour une fois que le Drone s’attache à un sujet sérieux, vous vous doutiez bien que nous n’allions pas le lâcher comme ça. 29 Sep 2011, 23:45
Regards.fr: Voïna, commando artistique russe 21/01/2011 Ce groupe d’artistes de rue russes proteste frontalement contre le pouvoir institué. Depuis trois ans, les performances de Voïna, relayées par Internet, dénoncent le gouvernement de la droite extrême de Poutine et Medvedev. Voïna est un groupe d’« artistes conceptuels de rue » russes actif depuis 2007. « Voïna » signifie « guerre » et c’est le principe du commando qui ordonne leurs actions. Une dizaine de performances, répétées plusieurs fois secrètement avant d’être exécutées une fois unique, sont aujourd’hui à l’actif du groupe, ensuite relayées sur le Net dans le monde entier. Arte et Courrier international les ont fait connaître récemment en France, tandis que des étudiants russes sympathisants faisant leurs études à Paris parlent volontiers de l’engagement du groupe, des risques qu’ils prennent, de leurs actions (une soirée d’information sur Voïna a par exemple été organisée à la faculté de Censier en décembre par des étudiants russes et français). Certains membres de Voïna sont sous le coup d’inculpations et se cachent de la police russe, deux d’entre eux ont été arrêtés en novembre.
08/03/2011 Alors que ses leaders sont emprisonnés pour vandalisme, le collectif artistique russe Voïna, très médiatisé, vient d’être nominé pour un prix national dans le domaine artistique organisé par l’Etat. Une situation cocasse racontée par Kommersant. En avril prochain sera décerné le prix russe Innovation, qui récompense des œuvres d’art contemporain. Or sur la liste de nominés figure la retentissante performance du groupe Voïna [Guerre] pour la catégorie des arts visuels. Pour faire bonne figure, l’intitulé de l’œuvre a été légèrement modifié : le terme original, “bite”, a été remplacé par “membre”. Et, bien évidemment, cette nomination de Voïna n’a pas manqué de soulever des réactions, et pour cause : à ce jour, deux des artistes du groupe se trouvent en prison à Saint-Pétersbourg. Il s’agit d’Oleg Vorotnikov et de Leonid Nikolaïev, détenus dans l’établissement pénitentiaire N° 4 de la ville depuis le 15 novembre dernier, à cause de leur performance, baptisée “Révolution de palais”, au cours de laquelle ils avaient renversé plusieurs véhicules de police garés dans les rues de Saint-Pétersbourg. Peu après, le Centre E [département du ministère de l’Intérieur chargé de la lutte contre l’extrémisme] les avait arrêtés dans un appartement de Moscou et transférés sous bonne garde. Ils sont accusés de “vandalisme à connotation politique, idéologique, raciale, ethnique, religieuse, ou d’actes de haine à l’égard d’un groupe social”, tels que définis par l’article 213, chapitre 1, alinéa b, du Code pénal.
10/04/2011 C’est le prix que personne n’attendait : le collectif artistique Voina, plus souvent au centre de controverses que des honneurs, a remporté un prix tout à fait officiel en Russie, pour une œuvre qui consiste en un phallus de plus de six mètres de hauteur, installé en face du siège des services secrets russes à Saint-Pétersbourg. Les artistes activistes de Voina ont peint l’an dernier l’immense biroute sur un pont mobile, une érection géante régulière devant le siège du FSB, le successeur du KGB, à Saint-Pétersbourg. Il a fallu plusieurs heures avant que les autorités ne s’en rendent compte et ne l’effacent. NB: La Bite de Liteïny faisait 65 mètres de haut et non six mètres. Libération: En Russie, un pénis distingué 11/04/2011 Un énorme phallus tagué devant un bâtiment des service secrets a reçu le prix de l’innovation artistique. Une oeuvre à placer entre Fontaine de Marcel Duchamp et L’origine du monde de Gustave Courbet: le pénis dessiné par le collectif Voina sur un pont de Saint-Pétersbourg, en face du bâtiment du FSB (ancien KGB), vient d’être récompensé. L’oeuvre phallique, longue de près de 65 mètres et intitulé «Une bite capturée par le FSB» a reçu le Prix de l’innovation pour l’art visuel, doté d’une somme de 400 000 roubles (10 000 euros environ). Le dessin a été réalisé sur un pont levant. Et chaque fois qu’un bateau doit passer, le sexe se dresse bien droit devant les bureaux des services secrets. France 24: Un phallus géant surplombe Saint-Pétersbourg 22/06/2011 Un pénis immense a surplombé la ville de Saint-Pétersbourg pendant quelques instants dans la nuit du 14 juin, juste en face du siège du FSB (ex-KGB). Cet étrange spectacle a fait couler beaucoup d’encre dans les médias russes et sur Internet, et même la police russe s’en est amusée. Les facétieux responsables : le groupe d’artistes underground Voina (“Guerre”, en russe), coutumier des performances provocantes et interdites. Cette “œuvre d’art” a été rapidement effacée par les pompiers et les artistes interpellés par la police. Lionya Yebanuty, dit “Lyona l’Enfoirée”, a même été détenue pendant deux jours après la performance. Selon elle, les jeunes officiers qui la retenaient étaient hilares : ils auraient eux-mêmes photographié le pénis géant pour envoyer les clichés à leurs amis. NB: Lionya Ebnouty est un homme, évidemment, Lionya étant le diminutif russe de Léonide. Artclair.com: Un collectif d’art russe sous le coup d’un mandat d’arrêt international 25/07/2011 SAINT-PETERSBOURG (RUSSIE) [25.07.11] – En Russie, un mandat d’arrêt international vient d’être émis à l’encontre d’Oleg Vorotnikov. Accusé d’« hooliganisme », il est le leader du collectif « Voïna », un groupe d’art contestataire. Il y a quelques mois, celui-ci avait reçu du ministère de la Culture un prix d’art moderne. En septembre 2011, les membres du collectif artistique russe Voïna (La guerre) avaient renversé plusieurs voitures de police dans le cadre d’une performance, afin de protester contre l’arbitraire et la corruption des forces de l’ordre dans leur pays. Leur leader, Oleg Vorotnikov, avait alors été incarcéré. Fin juillet 2011, un mandat d’arrêt international vient d’être émis à l’encontre de ce dernier. Pourtant entre-temps, une autre de leur performance s’est vue attribuer le prix « Innovation » par le ministère de la Culture ! 29 Sep 2011, 22:50
Les derniers articles parus dans la presse française sur Voïna. Courrier international: Le pont, le vit et le FSB 24/06/2010 Un phallus géant de 65 mètres par 27 est apparu nuitamment sur un pont-levis de Saint-Pétersbourg. L’organe a été peint sur le sol en un temps record par le collectif moscovite Voïna (La guerre), spécialisé dans l’art de rue. Cible de cette action : le bâtiment du FSB (Service fédéral de sécurité), dont les fenêtres donnent sur le pont Liteïny. Les quarante artistes ont opéré en vingt-trois secondes avant de prendre la poudre d’escampette. Un seul d’entre eux a été arrêté. Enthousiasmée par la “Bite cosmique” (Kosmitchesky khouï dans la langue de Tolstoï), la police s’est montrée “très amicale”, rapporte Leonid Nikolaev, qui a cependant passé trente-six heures au poste.
04/11/2010 En lutte ouverte contre les autorités, le collectif artistique russe Voïna multiplie les performances au parfum de scandale. Un type de contestation qui séduit en particulier les jeunes. Le 16 septembre dernier, des militants de Voïna [“Guerre”, en russe] ont renversé deux voitures de police à Saint-Pétersbourg, au cours d’une performance qu’ils ont appelée Révolution de palais. Beaucoup de sympathisants de ce groupe artistique ont désapprouvé leur geste.
08/11/2010 Adepte de l’art conceptuel de rue, le collectif artistique russe Voïna excelle dans les performances tonitruantes et subversives dirigées contre les autorités et le pouvoir jugés fascisants. Dans une interview accordée à Courrier International, les responsables du groupe défendent une nouvelle radicalité de gauche, inspirée et héroïque. Comment s’est constitué le groupe artistique Voïna ? Lionia Iobnouty [“le Taré”] : C’est Oleg Vorotnikov qui l’a fondé en 2007. Au début, il ne comptait que quelques personnes, mais aujourd’hui, elles sont des dizaines, voire des centaines à prendre part à chacune de nos actions. Vorotnikov reste le cerveau du groupe. Kozlionok [“Cabri”]: Mais Lionia Iobnouty est notre président et notre super-héros. C’est lui qui a sauté sur le toit d’une voiture du Service Fédéral de protection des personnalités devant le Kremlin !
22/11/2010 Célèbre pour ses performances artistiques politiquement engagées, le collectif russe Voïna vient de voir deux de ses membres arrêtés. Un destin qui guette d’autres artistes contemporains russes adeptes de l’actionnisme viennois. Deux membres dirigeants de Voïna (“la guerre”), un collectif qui pratique un art conceptuel de rue à travers des performances percutantes, ont été placés en détention à Saint-Pétersbourg le 17 novembre 2010, deux jours après leur arrestation à Moscou. Oleg Vorotnikov, 32 ans, et Leonid Nikolaev, 27 ans, ont été mis à l’ombre sans chef d’inculpation par un tribunal de Saint-Pétersbourg jusqu’au 25 novembre – avec prolongation possible jusqu’au 15 janvier 2011. Le renversement de véhicules de police le 17 septembre à Saint-Pétersbourg, objet d’une performance artistique, serait le déclencheur de l’affaire. Les deux artistes pourraient être poursuivis pour “hooliganisme par haine contre un groupe social” et encourir une peine de sept ans de prison. “Les activistes du collectif n’ont jamais caché que l’action ‘Révolution de palais’ à Saint-Pétersbourg est la leur ; ils ont d’ailleurs immédiatement diffusé la vidéo sur Internet. Or les arrestations ont eu lieu deux mois après, à Moscou, et ne concernent que deux personnes alors que les forces de l’ordre ont indiqué que cinq à sept individus ont renversé ces voitures”, s’étonne Novaïa Gazeta. France 24: Les artistes provocateurs de Voina ont peut-être fait le coup de trop 30/11/2010 Deux activistes du collectif artistique russe Voina (“guerre” en russe, ndlr) ont été arrêtés le 15 novembre pour avoir, dans le cadre d’une performance artistique, retourné une voiture de police à Saint-Pétersbourg. Les explications d’un membre de ce groupe éminemment subversif… La vidéo a été tournée près du Palais Mikhailovsky où l’empereur Paul Ier de Russie avait été assassiné pour ses idées réformatrices, en 1801, après un coup d’Etat. 29 Sep 2011, 22:27
Reportage de la chaîne allemande Kobalt-TV sur les évènements du 31 mars 2011 concernant le Groupe Voïna. Artistes anarcho - 26/04/11 VoinaEn russe, « voina » signifie « guerre ». Et la guerre, c’est bien ce que le groupe de performances Voina a déclaré à la police, à la classe politique et à l’establishment de l’art. Depuis peu, Banksy, l’icône du streetart, a décidé de soutenir leurs actions. Modifier le cours de l’histoire, c’est la raison d’être de ces jeunes étudiants en philo, depuis leurs débuts en 2007. Leur performance « Baiser pour l’héritier du trône » a fait grand bruit. Deux jours avant l’élection présidentielle russe, ils ont un rapport sexuel dans un musée de Moscou. Leur message : cette élection est une mascarade, vidée de son sens. 18 Sep 2011, 20:08
EN GUERRE Passé maintenant dans la clandestinité, le collectif artistique politisé et récompensé d’un prix, Voïna, prépare un nouveau coup. Par Sergeï Tchernov La pression de l’État sur le collectif artistique radical Voïna - célèbre pour ses coups spectaculaires tournant les autorités et la police russes en dérision - s’est accrue ces derniers jours, malgré la large reconnaissance acquise par le groupe après qu’il a remporté un important prix artistique subventionné par l’État, des invitations pour des évènements artistiques internationaux de haute volée et malgré l’attention qu’il a attiré dans le monde entier. Le Groupe Voïna dans les premiers jours suivant la libération d’Oleg Vorotnikov (au centre) et de Léonide Nicolaïev (à gauche). À la fin de la semaine dernière, un tribunal local de Petersbourg a confisqué l’argent de la caution déposée pour la mise en liberté d’Oleg Vorotnikov, le chef de facto du groupe. L’argent (300 000 roubles, soit $10 800) avait été donné par l’artiste de rue britannique Banksy et provient du produit d’une vente spéciale d’impressions en soutien aux membres emprisonnés du groupe. Le tribunal a jugé que Vorotnikov devait être arrêté et placé en centre de détention préventive pour deux mois; il a également lancé un avis de recherche international. Un avis de recherche national [fédéral, N.d.T.] avait été lancé contre lui en mai. Malgré les tentatives des officiels d’exclure Voïna de la liste des nominés, le Prix de l’Innovation leur a été décerné pour “La Bite prisonnière du FSB” - un immense dessin de pénis peint sur le pont Liteïny, à côté du quartier général local du Service Fédéral de Sécurité (FSB), en juin 2010. Les artistes, cependant, font l’objet d’une poursuite pénale pour un autre coup, “La Révolution de Palais”, qui aurait impliqué le retournement d’une voiture de police ou plus à Saint-Pétersbourg en septembre 2010. D’après les artistes, l’action était une demande métaphorique de réforme du Ministère de l’Intérieur et d’arrêt de l’arbitraire policier. En novembre 2010, Vorotnikov et Léonide Nicolaïev de Voïna ont été arrêtés dans un appartement de Moscou et conduits dans un fourgon, menottés et avec un sac plastic sur la tête, à Saint-Pétersbourg, où ils ont été inculpés de vandalisme criminel motivé par la haine envers un groupe social particulier (en l’occurrence, la police) et enfermés dans un centre de détention préventive durant 3 mois. L’infraction est passible d’un emprisonnement pouvant aller jusqu’à sept ans. Après que Vorotnikov et Nicolaïev ont été libérés sous caution en février, le groupe a été activement impliqué dans le mouvement des droits civiques en aidant les prisonniers dont les condamnations ou les détentions préventives prolongées semblent être en rapport avec leur activisme politique. Les artistes ont utilisé le reste de la donation de Banksy (4,5 millions de roubles, soit $160 735) pour aider un certain nombre de prisonniers politiques tels que Taïssia Ossipova, une femme de Smolensk, en Russie occidentale, qui a été inculpée pour possession de drogue. Ceux qui la soutiennent affirment que la police a placé la drogue qu’elle dit avoir trouvée dans son appartement durant une perquisition. Ossipova en est à son neuvième mois de détention provisoire malgré le dossier douteux monté par l’accusation, et bien qu’elle souffre de diabète et ait une petite fille. Taïssia Ossipova, prisonnière politique, lors d’une audience de son procès. Les organisations de défense des Droits de l’Homme voient sa détention comme une tentative d’arrêter l’activité politique de son mari, Sergueï Fomtchékov, un militant du parti d’opposition L’Autre Russie. Les membres de Voïna ont également fait une session photographique avec Catrina, la petite fille d’Ossipova âgée de cinq ans, pour attirer l’attention du public sur son cas. Ils ont envoyé différentes sommes de la donation de Banksy pour aider d’autres activistes emprisonnés, dont l’antifasciste de Pétersbourg Rinat Soultanov, qui a été condamné à deux ans de prison en avril pour le rôle qu’il aurait eu dans une bagarre de rue avec des néo-nazis en novembre 2008. Photo: Vladimir Téléguine. Plus tôt ce mois-ci, Voïna a donné 400 000 roubles ($14 400), la totalité de la somme du Prix de l’Innovation, à l’Association de Défense des Droits de l’Homme Agora, une organisation basée à Moscou dont les juristes ont fournit au groupe et à d’autres activistes une assistance juridique. Une nouvelle affaire pénale a été ouverte contre Vorotnikov en avril après que lui et sa femme, la membre de Voïna Natalia “Kozlionok” Sokol, ont été arrêtés au cours du rassemblement de l’opposition le 31 mars. Il risque jusqu’à cinq ans de prison pour de supposés trouble à l’ordre public, violence contre un officier de police et insulte à un officier de police. Plus tôt ce mois-ci, Sokol a également été nommée comme suspecte dans l’affaire. Les enquêteurs affirment qu’elle a insulté un officier de police, une infraction passible d’une condamnation pouvant aller jusqu’à un an de travaux correctionnels. Vorotnikov et Sokol ont un fils âgé de deux ans, Casper. Photo: Vladimir Téléguine. Malgré ces persécutions, Vorotnikov - qui est maintenant dans la clandestinité - a déclaré dans une récente interview exclusive au St. Petersburg Times qu’à travers ses pratiques clandestines, Voïna a aidé l’art à rester en vie et l’a ramené sous les projecteurs. Après avoir gagné le Prix de l’Innovation, Voïna a été vertement critiquée par une partie des médias et du public. Quelle est votre réaction? Je n’attends pas de sympathie envers notre art de la part de qui que ce soit. Et je suis toujours surpris quand des gens disent qu’ils aiment Voïna. Alors j’observe plus attentivement ces gens. Presque tous vivent une vie difficile, et beaucoup ont de la peine, ont subi des pertes et des déboires dans leur passé. Les passions qui ont blessé ces gens! Mais ils sont toujours pleins d’espoir. Ce sont les personnes les plus intéressantes au monde. Ce sont leurs cicatrices et leurs défauts qui les rendent sympathiques. Je peux imaginer comment, pendant l’amour, ils touchent et embrassent les cicatrices sur le corps de l’autre. Il n’y a pas d’autre raison d’aimer quelqu’un dans cette vie. Casper a déjà des cicatrices infligées par les flics. Le travail et les activités politiques de Voïna ont étonnament suscité des critiques de la part de gens qui se considèrent comme gauchistes. Le fait est que Voïna dévoile certains caractères cachés et, disons, réactionnaires chez les gens. Je suis d’accord avec les observateurs qui ont remarqué que, comparés à Voïna, beaucoup de gauchistes ne sont pas des gauchistes du tout, mais plutôt des centristes, peut-être même des centristes inclinant à droite. Avant Voïna, ils étaient extrêmement gauchistes, des gauchistes radicaux, et puis soudainement il s’est avéré qu’ils n’étaient que des philistins. Il y a des gens qui vivent de subventions et écrivent des articles, et qui imitent le véritable travail de protestation par ce genre d’activités. C’est ainsi qu’avec l’émergence de Voïna, ils ont tout à coup quitté l’aile gauche pour la réaction. Oui, nous combattons le régime, parce que les autorités qui existent sont philistines et bornées de la même façon. Tout leur idéal se résume à un hélicoptère et une villa. Ensuite ils craquent pour deux hélicoptères et quatre villas. Et ça suffit: ils ne vont pas plus loin; leurs ambitions ne s’élèvent pas plus haut. Dans ce sens, nous sommes contre les philistins. Les philistins sont nos ennemis. Le régime est seulement un problème particulier de notre guerre [“voina” en Russe, N.d.T.]. Ainsi les philistins ont pris les armes contre nous: ils ont vu que nous étions contre eux. Il y a beaucoup de philistins: toute la société est devenue philistine; la société est devenue presque entièrement philistine. En ce sens, notre combat est plutôt idéaliste. Parce que chacun le voit comme une attaque contre lui-même, un combat contre l’aspect comfortable de sa vie. Les critiques semblent particulièrement agacées par le fait que vous emmenez Casper à vos coups et à vos manifestations de protestation. Ils sont devenus aussi histériques à propos de Casper parce que c’est un affront à l’aspect comfortable de leur vie. Ils ont l’habitude de donner leurs enfants à quelqu’un d’autre et de sortir pour gagner de l’argent. Pour Koza (Sokol) et Casper, ça a été un choc quand ils ont été séparés par les flics pendant plus de vingt-quatre heures: ils n’avaient jamais été séparés si longtemps. Koza (Natalia Sokol) avec Casper. Mais le plublic proteste. Ils disent: “S’ils sont tout le temps ensemble, alors de quoi vivent ils? Ça veut dire qu’ils ne sont pas pauvres. Ça veut dire que ce sont des gens aisés ou des Bohémiens.” Ils ne peuvent même pas imaginer une situation différente. Que nous restons ensemble non pas parce que nous avons beaucoup d’argent, mais pour une raison différente, idéologique. Notre vie est donc basée là-dessus. Nous sommes avec Casper [tout le temps], et donc Casper nous fait nous plier à sa vie. Maintenant, beaucoup de gens ont commencé à comprendre que notre guerre est sans fin, qu’elle est plus vaste qu’une simple guerre contre un régime de gangsters, criminel et absurde. C’est davantage une guerre contre une attitude anormale envers la vie. Le fait que le prix, financé par le Ministère de la Culture, ait été attribué à la “Bite prisonnière du FSB” a choqué et contrarié beaucoup de gens. Tout le monde est devenu histérique. Comment cela se peut-il? Une sale bite a remporté un prix! C’était une sorte d’insulte envers eux, envers leurs sensibilités très délicates de petits-bourgeois. C’est merveilleux que ça se soit produit, vraiment. C’est une véritable claque dans la figure du goût public! La blague a été jouée jusqu’au bout: elle n’est pas restée au niveau de manifestes marginaux ou d’expositions clandestines - bien que nous soyons contre l’officialité, évidemment. La blague c’est qu’ils [le public] n’avaient pas vu la Bite avant [qu’elle remporte le prix]. Ils pouvaient s’autoriser à fermer les yeux sur elle, parce qu’elle n’était pas approuvée au sommet. Mais maintenant, c’est comme si des allumettes avaient été coincées dans leurs yeux et qu’ils ne pouvaient simplement plus les fermer. Dans la forme du prix, de la statuette, la Bite est toujours devant eux. Ils ne peuvent pas s’empêcher de la voir, même s’ils en seraient contents. Ça les rend fous. Je pense que l’art est également didactique et que l’éducation fait partie de ses objectifs. En combattant les autorités, nous éduquons aussi le peuple. Tout ça est très russe. Pouvez-vous expliquer votre méthode de travail illégal? C’est très important de travailler en dehors des institutions. Ils essaient maintenant de rassembler l’art dans les institutions, et beaucoup de gauchistes comme [l’artiste Anatoli] Osmolovski s’en félicitent. Ils pensent simplement que le principal problème de l’art contemporain russe, c’est le fait que nous ne soyons pas éduqués, que nous n’ayons pas de programme universitaire en art [contemporain]. Mais nous montrons que c’est le contraire en l’occurrence: que notre salut réside exactement dans le fait que nous n’avons pas ces études universitaires. Que nous sommes isolés, et non assujettis, que nous ne marchons pas à la baguette comme des vaches ou des veaux. Si nous étions surveillés, nous ne serions pas capables d’accomplir nos actions comme nous l’avons fait jusqu’à présent. Nous ferions quelque chose de pathétique, de “créatif” dans le pire sens de ce mot. C’est pourquoi l’art doit s’efforcer autant qu’il le peut de rester indépendant - même si c’est mauvais pour votre santé, même si ça peut se terminer par un emprisonnement. Bien que ça puisse être dangereux pour les individus, c’est le seul moyen pour l’art de survivre. Les autorités ont commencé à persécuter les artistes déjà à l’époque d’Eltsine, n’est-ce pas?
Formellement, c’est vrai. Ils ont commencé à persécuter Avdeï [Ter-Oganian] pour avoir découpé des icônes à la hache en 1998. Mais maintenant je pense que nous avons reconquis beaucoup d’espace, parce que l’art contemporain - en partie grâce à nous - fait les gros titres. Avant ça, les gros titres venaient de la vie politique, de la vie publique, de la guerre, des déclarations du premier ministre et peut-être des sports. Ci-contre: l’artiste Avdeï Ter-Oganian découpe une reproduction d’icône traditionnelle orthodoxe à la hache pour protester contre le pouvoir de l’Église et le sort fait aux athées en Russie, 1998. Mais maintenant l’art est sur un pied d’égalité. Si tu regardes les gros titres, l’art fait la une [autant que n’importe quel autre sujet]. Je ne pense pas qu’il y ait eu quelque chose de tel depuis Léon Tolstoï et Soljénitsyne. Ça faisait longtemps que l’art n’avait pas fait la une. C’est une grande réussite. Vos coups artistiques semblent être intimement liés à une ville spécifique. Oui, nos actions sont toujours liées à un endroit concret. Ce serait faux de dire qu’elles sont universelles, qu’elles pourraient être transposées dans n’importe quelle ville et réalisées là-bas. Au contraire, nous arrivons à un endroit et nous regardons autour de nous. Nos actions de Moscou étaient très moscovites, comme “Un flic en soutane”, au cours de laquelle je me suis déguisé en “prêtre flic” et j’ai volé à l’étalage dans un supermarché de luxe. Il n’y a tout simplement pas ce genre de magasins à Saint-Pétersbourg, ceux qui sont follement huppés. Donc j’ai été dans un de ces supermarchés incroyablement chics et je l’ai volé à l’étalage. C’était une chose très moscovite. “La Bite prisonnière du FSB” ou “La Révolution de Palais” auraient difficilement pu avoir lieu à Moscou. Quand nous sommes en train [de planifier nos actions], nous marchons dans Saint-Pétersbourg en pensant: “Ceci on peut le faire ici, et ça on peut le faire là.” Disons que l’installation en face du Musée Russe (“La Révolution de Palais”) n’était pas accidentelle. C’est très important qu’elle ait été juste en face de l’entrée. Peu de gens ont remarqué qu’artistiquement, il est important que nous montrions que la principale œuvre d’art n’est pas à l’intérieur du musée, mais à l’extérieur, près de l’entrée. C’est très important vous voyez? Ça a aussi été décidé juste sur place. Je peux difficilement imaginer quel genre d’actions je ferais à Londres. Une chose amusante nous est arrivée une fois. Nous avions une exposition à Zagreb. Nous sommes arrivés là-bas et [les organisateurs] nous ont accueillis à bras ouverts. Ils ont dit: “C’est super que vous soyez venu en groupe. Nous avons déjà convenu avec la mairie que vous pouviez faire tout ce que vos cœurs désirent ici.” Nous avons dépondu: “Merde! Vous nous avez volé l’occasion de faire une action ici.” Mais ensuite je me suis baladé et je me suis rendu compte que même s’ils ne nous avaient pas privés de cette occasion en concluant un accord avec la mairie, nous aurions quand même été hors contexte là-bas. C’est une vie totalement différente. Nos actions ne peuvent pas être transposées [dans d’autres villes] parce qu’elles sont spécifiques. Les actions de Pétersbourg sont très pétersbourgeoises. Les actions de Moscou sont très moscovites. La localisation est un facteur important. Est-ce que la forme radicale que revêt votre art à quelque chose à voir avec l’anormalité de la situation politique actuelle dans ce pays? C’est comme ça qu’ils voient notre travail à l’Ouest. Nous recevons des lettres d’universités américaines (des étudiants et des enseignants) tout le temps. Il nous informent qu’ils sont en train d’écrire un mémoire de licence sur notre travail, qu’ils ont trouvé très intéressant. Ensuite ils nous disent comment ils interprètent nos actions: la situation anormale en Russie enlève aux gens la possibilité d’influencer les évènements en utilisant des méthodes de contestation habituelles comme des grèves, dont le but est d’identifier directement un problème et d’insister pour qu’il soit résolu immédiatement. Mais celles-ci ne fonctionnent pas, et donc ces étudiants américains pensent que la nécessité de cette forme de protestation inhabituelle nous a été imposée. C’est une vision intéressante, mais ce n’est qu’un aspect du problème, et quelque peu superficiel à mon avis. C’est plutôt un point de vue journalistique. Si on examine plus profondément, je pense que nos actions sont enracinées dans la culture russe. Les Russes sont comme nos actions. Les Russes sont précisément ce genre de gens avec une pointe de folie. Photo: Alexeï Plutser-Sarno. Votre travail a été décrit comme du “véritable art populaire russe”. Vous êtes d’accord? C’est probablement vrai. Nous essayons de parler au nom du peuple. 13 Sep 2011, 20:53
Koza (Natalia Sokol) lors d’une excursion de Voïna à Lebediovka, prison de Saint-Pétersbourg où Oleg Vorotnikov et Léonide Nicolaïev ont été enfermés pendant plus de 3 mois. 1. Que s’est-il passé? Pourquoi a-t-on lancé un avis de recherche contre toi, bien qu’il semblerait que le tribunal t’a mis une amende et a clos le dossier il y a peu? Il n’y a eu aucune amende, bien évidemment. Les deux affaires ont été résolues favorablement à cent pourcents, nos avocats en tout cas ne se seraient pas satisfaits d’amendes. Voïna a tout de même les meilleurs défenseurs de tout le pays. Deux de mes affaires administratives ont été conclues les 24 et 26 août, non pas parce qu’on m’a mis une amende, mais parce que nous avons gagné les deux affaires au tribunal. Voilà les détails. Après les évènements du 31 mars, trois affaires ont été ouvertes contre moi: deux administratives et 1 pénale. Les affaires administratives sur la base de l’article 19.3 premier alinéa (insoummission et résistance à une sommation des agents de la police) et de l’article 20.2 (participation à un rassemblement illégal). Le 1er avril, je me suis carrément échappée du fourgon cellulaire en chemin vers le tribunal. Je me suis échappée pour retrouver Casper, je dois l’allaiter, c’est un nourrisson et il n’avais pas bu de lait depuis 24h. Après ça les flics ont manigancé pour que les audiences des procès aient lieu sans moi: sur les procès-verbaux ils ont sciemment omis d’écrire mon adresse, c’est pourquoi les convocations ne me sont pas parvenues, ils ne les ont envoyées nulle part. Le tribunal m’a condamné deux fois par contumace. Quand nous nous sommes aperçu de ça et que la duperie a été dévoilée, alors nous nous sommes attelés sérieusement à la tâche. Mon avocat, le juriste d’AGORA Sergueï Pétriakov a déposé deux pourvois en cassation au tribunal de mon lieu de résidence. L’absence de fondement pour les deux chefs d’accusation était manifeste, puisque selon la Constitution de la Fédération de Russie, la tenue des rassemblements de l’opposition à la date du 31, dans la forme qu’ils revêtent tous, ne nécessite pas d’autorisation. Les rassemblements ont un caractère notificatif [jargon juridique russe pour dire qu’ils sont annoncés publiquement et donc que les autorités savent à l’avance qu’ils vont avoir lieu, où et quand, N.d.T.]. En cassation, le tribunal du district Balakovski de l’oblast de Saratov en est venu à la conclusion que mon droit à la défense avait été grossièrement violé et a arrêté la procédure à mon encontre sans possibilité pour les flics de faire appel de la décision. L’avocat de Voïna Dima Dinzé m’a également aidé dans ma défense, et je considère ça comme nos victoires civiques capitales. Si partout tous les activistes arrêtés et détenus après chaque date du 31 procédaient ainsi, alors toute l’opposition pourrait influer par ses efforts collectifs sur la situation. C’est pourquoi, oppositionnels, encore une fois lisez attentivement ce que je dis. Maintenant mon amusante affaire pénale. C’est le groupe de huit instructeurs du Comité d’instruction de la Fédération de Russie qui s’occupent de toutes les affaires pénales contre Voïna qui l’a montée contre moi. On ne m’a pas arrêtée par hasard le 31 mars. L’opérationnel du Centre “E” Andreï Aléchine a donné l’ordre de m’arrêter. Il a lui-même pris part à la perquisition du 15 novembre dans l’appartement de Moscou où nous passions la nuit et où ont été arrêtés Oleg et Lionya. Alors qu’Aléchine avec son chef Omarov frappaient Oleg entravé par des menottes, couché au sol, ils lui ont mis des coups de pied dans les reins et dans la tête sous les yeux de notre fils Casper et de moi-même. Dans l’établissement de l’affaire pénale en question, comme dans tous les actes illégaux des agents du Centre “E” et des instructeurs du Comité d’instruction commis contre nous, leur hostilité personnelle envers le groupe Voïna et leur soif de vengeance sont manifestes, ils se voient dans leurs actes. Ils sont inadmissibles du point de vue du droit. On m’a inculpée sur la base de l’article 319 du code pénal de la Fédération de Russie pour outrage à un représentant du pouvoir, concrètement - c’est là que ça devient amusant - pour avoir arrosé des flics de pisse le 31 mars [les manifestants s’étaient munis de bouteilles remplies de leur urine comme seul moyen de défense, N.d.T.]. Et c’est pour ça qu’on a lancé un avis de recherche fédéral contre moi. C’est absolument exotique en Russie: lancer un avis de recherche à travers le pays sur la base de l’article 319, un chef d’accusation qui ne permet pas de peine d’emprisonnement, pour avoir arrosé un flic de pisse! C’est une exception russe semblable à la vodka, les poupées gigognes et le constructivisme. Alors je porte fièrement le label russe et au fond, en passant dans la clandestinité pour une telle affaire, j’accomplis une commande gouvernementale pour la régénération culturelle de la Russie! Je fait l’objet d’un avis de recherche en dépit du fait que ni moi ni mes avocats n’avons reçu ni de convocation, ni d’appel à l’interrogatoire, ni d’avis d’ouverture d’une enquête pénale. Ce qu’affirme Dinzé: « Le chef du groupe d’instruction du Comité d’instruction l’enquêteur Roud a dit que Koza est recherchée au niveau fédéral. Ce faisant il n’est pas clair qu’on se soit servi d’un motif pour ça: nous n’avons reçu aucun avis ni aucune convocation. » Koza avec son fils Casper Nenagliadni et son mari Oleg Vorotnikov quelques jours après la libération sous caution de ce dernier et de Léonide Nicolaïev. Ils étudient la liste des membres du jury du prix de l’«Innovation». 2. Est-ce vrai qu’on t’as inculpée pour avoir arrosé un flic d’urine? Oui, c’est l’affaire de la pisse. Je suis justement suspectée d’avoir aspergée les agents de l’OMON avec de l’urine. C’est pour ça qu’ils ont été offensés et qu’ils ont estimé que mes actes relevaient de l’article 319 du Code Pénal de la Fédération de Russie: l’instruction doit encore élucider ça, ce qui promet d’être intéressant. 3. Qu’est-ce qui a changé dans ta vie du fait que tu fais l’objet d’un avis de recherche fédéral ? Rien. Les actions ont changé ma vie, pas les sifflements des vipères de la saloperie de flicaille. J’ai toujours mené le même mode de vie que maintenant. C’est-à-dire la sûreté dans ma vie quotidienne aujourd’hui comme auparavant. L’avis de recherche fédéral permet de transférer une personne à travers le pays dans le cas où il est en possession d’un pièce d’identité. Mais ça n’est pas mon cas. Lors de la perquisition du 15 novembre 2010, les échetchniks [agents du Centre “E”, N.d.T.] m’ont illégalement confisqué tous mes documents d’identité: mes passeports intérieur et international, ma carte d’assurance maladie, mon permis de conduire et mon carte d’employée physicienne du MGOu [Université d’Etat de Moscou]. De sorte que depuis déjà dix mois je vis absolument sans documents d’identité. En Russie où sans carte d’identité le soleil ne se lève même pas. 4. Est-ce que vous sortez dans la rue ou bien est-ce que vous terrez complètement dans votre planque? Dans notre cas se planquer ne signifie pas ne pas sortir dans la rue. Nous avons tant travail que personne ne ferait sans nous. Maintenant la préparation bas son plein, on s’entraîne deux fois par jour. Ce sera un nouvel aspect de l’art russe: une action monstre. C’est pourquoi nous ne nous autorisons pas à nous reposer. La nouvelle Voïna est attendue, à laquelle le système, en particulier en la personne de son Centre “E”, n’est absolument pas préparé. 5. N’avez-vous pas de plans d’évasion quelque part à l’étranger pour échapper à toute cette folie? Non. Notre but c’est d’éduquer les jeunes gens russes pour qu’ils deviennent courageux. On échappe à ça nulle part 16 Aoû 2011, 3:24
Nuit du 4 août Votre art est-il une protestation contre les puissants? Plus précisément, contre les enfoirés de puissants. Les citoyens nous qualifient souvent de nouveaux Robin des Bois. Et en effet, nous sommes des partisans dans la ville contemporaine. Nous avons renoncé à faire usage de l’argent et nous vivons sans dépenser un kopeck. C’est ce que nous avons affirmé de façon documentaire en juillet 2010 par l’action « Comment voler un poulet ». Vidéo: http://www.liveleak.com/view?i=fef_1279895437 Photos: http://fotki.yandex.ru/users/ebitessami/album/108859/ Lorsqu’il nous arrive de recevoir de l’argent (les millions de Banksy, le prix pour « l’Innovation », l’aide de citoyens sympathisants), nous redistribuons tout immédiatement à des prisonniers politiques dans le besoin et à des enfants sans abri en Russie, parce qu’ils ont davantage besoin de cet argent. Très récemment, le 27 juillet, le brillant militant des droits de l’homme et prisonnier politique Alexeï Sokolov a été remis en liberté, nous l’avions aidé financièrement lorsqu’il était en prison et nous lui avions aussi payé des avocats. Alexeï est l’auteur d’un film documentaire sur les pratiques de torture dans la colonie pénitencière de Ekaterinsbourg IK-2, le film s’appelle « l’Usine de la torture ». Les flics l’ont coffré pour se venger du film. A présent nous aidons la prisonnière politique et otage de Smolensk Taïssia Ossipova, contre laquelle les flics du Centre «E» ont monté une affaire de drogues, et qu’ils assassinent en prison depuis déjà 9 mois, depuis novembre 2010. Taïssia est gravement malade du diabète, sa détention provisoire est illégale. Elle a laissé dehors sa petite fille de 5 ans, Catrina. Le gouvernement a lancé un procès pour priver Taïssia de ses droits parentaux, ils lui enlèvent l’enfant en notre nom et en votre nom aussi. Nous avons aussi offert de l’argent (400 mille roubles, tappé au GTsSI [Centre Gouvernemental de l’Art Contemporain, N.d.T.] pour « l’Innovation ») à l’organisation de défense des droits de l’homme AGORA, parce que nous considérons que ses avocats sont les meilleurs défenseurs des droits de l’homme du pays, ils apportent activement un secours juridique gratuit aux citoyens et aux activistes politiques persécutés par les autorités en Russie. Ce sont des gens bien qui travaillent à l’AGORA. Nous considérons l’avocat de Voïna Dima Dinzé d’AGORA comme un authentique activiste de Voïna, c’est un artiste et un combattant, prêt à aller jusqu’au bout sur le terrain du droit, ce qui est mortellement dangereux en Russie. Nous mêmes vivons aisément absolument sans argent. Cela nous plaît et nous faisons de la propagande pour ce mode de vie pour tous ceux qui sont courageux. Notre devise c’est jivi bezbliadno! [Néologisme qu’on peut traduire par “vis sans saloperie”, faisant un jeu de mots avec l’expression “jit’ bezbiedno” qui signifie au contraire “vivre dans l’aisance”, N.d.T.] C’est-à-dire gratuitement, sans argent, sans consommer, sans se prostituer. Qui gagne la guerre? C’est ce que montrera notre combat final, que nous nous préparons à livrer ce mois-ci. Notre nouvelle grandiose action prodigieuse a été fixée au mois d’août. Elle fera voir la ruine des illusions financières en Russie. De quelle manière et par quelles actions avez-vous déclaré la guerre aux gouvernants actuels? Ce ne sont pas des gouvernants mais des petits-bourgeois puants. Leur vie est sans but. Ils ne savent pas et n’ont pas soif de diriger. Ils n’ont jamais eu de telles ambitions. Ils ne se sont jamais soucié du destin de la Russie et des intérêts du peuple. Ce sont des bourgeois envieux qui ont usurpé le pouvoir dans le but mesquin de se remplir les poches jusqu’à leur propre mort. Nous avons déclaré une guerre à mort à l’esprit petit-bourgeois. Le petit-bourgeois est l’ennemi principal de l’artiste dans le monde entier. Et le pouvoir russe d’aujourd’hui est entièrement petit-bourgeois, incapable. Quant aux artistes, ils ne peuvent absolument pas supporter cette nullité. En cela nous sommes catégoriques. Il semble que vos actions aient inspiré une vague d’art de rue contestataire? Nous avons expressément travaillé à la création d’une telle situation à partir de 2007. Après quatre année nous y sommes parvenus. Nous avons fait renaître l’actionnisme héroïque en Russie et l’avons rendu célèbre dans le monde entier. Que cherchez vous à dire aux puissants par vos actions? PLEN - Pizdets Legavym Ebanym Natchalnikam! [“plen” signifie “captivité” en Russe, mais c’est aussi l’acronyme de l’expression ci-dessus que l’on peut traduire par: “mort aux flics et aux enculés de patrons!”, N.d.T.] Vor, Koza, Lionya Ebnouty, Casper Nenagliadny 22 Juil 2011, 18:58
MILITANTS | Un mandat d’arrêt international a été émis en Russie à l’encontre d’Oleg Vorotnikov, leader du groupe d’art contestataire Voïna (la guerre) connu pour avoir dressé un phallus géant face au siège des services secrets russes à Saint-Pétersbourg. 03 mai 2011, 18:52
“Pour rencontrer les activistes de Voïna (guerre en russe), il faut commencer par prendre contact, uniquement par Internet “à cause des écoutes”. Après, on doit les convaincre de rencontrer un journaliste puis attendre le rendez-vous, fixé au dernier moment dans les rues de Saint-Pétersbourg… Ensuite, il faut souffrir l’humeur d’Oleg, plutôt caustique : “Vous avez une rubrique spécial voyou dans votre journal ?” Ou virulent quand il balance à tout-va, contre les journalistes bien sûr, les artistes, l’Occident et le consommateur moyen, trop flasque à son goût. Pouvait-on s’attendre à autre chose ?” Pour lire la suite de l’article : http://www.lesinrocks.com/actualite/actu-article/t/64333/date/2011-05-03/article/voina-ten-guerre/ |