|
29 Oct 2011, 5:03
PAR ANNIE RUTHERFORD Il était une fois en 2005 où la Russie a pratiquement amené l’art contemporain sur la Place Rouge. Dans une tournure ironique réunissant l’art contemporain avec l’ancien régime soviétique qui l’avait réprimé une fois, la première biennale d’art contemporain à Moscou fut tenu près du Kremlin dans l’ancien musée Lénine. Fondé en 2003, il a été organisé en 2005, 2007 et 2009 jusqu’à présent. Huit ans plus tard la biennale de Moscou a grandi. La quatrième édition s’est ouverte le 23 septembre et exposera les stars internationales de la scène de l’art contemporain jusqu’au 30 octobre. Cependant, l’évènement continue de combiner un profil officiel ( par exemple, le partenaire médiatique est la chaîne de télévision Russia 24 contrôlée par l’État) avec une célébration de la critique, remettant en question l’art contemporain. Ce dernier est quelque chose que les autorités russes ne sont pas habituellement toujours si heureux de soutenir. Ce mélange peut engendrer quelques situations étranges. Les paradoxes du style Alice au Pays des Merveilles de la biennale 2011 pouvaient presque être les créations d’une farce mal écrite. Après tout, qui se serait attendu à ce qu’Ai Weiwei, une virulente figure critique de la corruption dans la Chine voisine, soit un invité de marque dans la ville où Mikhail Khodorkovsky (le magnat du pétrole et critique de Poutine) demeure en prison ? Depuis la naissance du groupe en 2007, Voina (signifie « guerre » en russe) capte l’attention du gouvernement national et de la presse internationale avec le coup de pub tombé à point nommé tel que l’affaire du pont de Saint Pétersbourg, quand ils ont orné le pont-levis avec un pénis illuminé. Les travaux de Voina sont aussi inattendus que ceux d’Ai Weiwei à l’évènement sponsorisé par le ministère russe de la culture : les membres-clés du groupe, Oleg Vorotnikov et Leonid Nikolaev, ontété arrêtés par les autorités russes en novembre 2010. Ils demeurent sous surveillance policière. Néanmoins, le groupe est présent dans une exposition spéciale qui a eu lieu dans le cadre de la biennale intitulée « L’impact médiatique : le festival international de l’art activiste ». Curieux, vous devez penser (mais comme le dirait Alice, ça devient de plus en plus curieux). Voina a ajouté une autre tournure à l’intrigue en annonçant un boycott de la biennale. Ils prétendent avoir été inclus dans le festival d’art contre leur volonté, déclarant que certains des travaux exposés sous leur nom sont faux, tandis que les autres leur ont été volés par - attention - la police russe quand ils ont été arrêtés l’automne dernier. Un communiqué sur le site web du groupe accuse les organisateurs de la biennale de vouloir « discréditer l’opposition et l’art contestataire » et de chercher à «maintenir une façade de la vie artistique en Russie avant la communauté internationale ».
24 Sep 2011, 23:03
Les stars mondiales de l’actionnisme, le collectif américain The Yes Men, s’est joint à Voïna dans le boycott de la Biennale d’Art Contemporain de Moscou. Il y a quelques jours, le groupe Voïna s’est adressé à la communauté artistique mondiale en l’appelant à boycotter la Biennale de Moscou. Voïna a qualifié sa démarche de mesure non-violente de dernier recours après que les organisateurs de la Biennale de Moscou ont secrètement essayé d’exposer ses œuvres, volées par des provocateurs et des flics en mai et en novembre 2010. Le texte de l’appel a été publié sur Free Voina en Russe, en Anglais et en Français. Oleg Vorotnikov: « Nous avons pu obtenir le retrait. Les œuvres volées ne vont pas être exposées. La conservatrice Tatiana Volkova a quand même eu la trouille de faire quelque chose d’aussi insensé. Mais maintenant, à mon avis, ce qu’elle fait est encore plus lâche. Les conservateurs, par vengeance, exposent à la Biennale des faux signés de notre nom. » « Ne pas participer à la Biennale de Moscou pour des artistes indépendants, comme le sont les activistes de Voïna, c’est d’une importance absolument vitale », écrit Natalia Sokol, qui est recherchée au niveau fédéral. « Ne pas se baigner dans cette merde, c’est notre droit, et nous comptons arriver à nos fins. » Les types du collectif The Yes Men, qui partagent les mêmes idées, se sont joint à Voïna. Igor Vamos, de son surnom Mike Bonanno, a envoyé au groupe cette lettre:
La réaction des autres artistes, parmis lesquels celle de Dmitri Boulniguine, participant à la même exposition, a consisté à « prier » Voïna de n’être pas aussi intransigeante. L’artiste américain d’origine russe Dmitri Strakovski, qui supervise l’un des programme de la Biennale de Moscou, a écrit, après s’être informé de la situation auprès de Volkova: « C’est du carriérisme de gauche à la mode. Je ne suis pas un grand amateur de la chose et nous en avons énormément ici. Je ne veux quand même pas me fâcher avec elle, mais maintenant il est clair que ça ne fonctionnera tout simplement pas. C’est malheureux. Sur le plan des contacts, Tania s’est fait du tord à elle-même. Natalia [Mount] et moi avons essayé de l’aider en nous portant garants, maintenant je ne pense pas que je vais m’attaquer à ça. Je ne suis pas d’accord avec la plupart de vos positions politiques, mais vous n’avez pas une once d’hypocrisie, ce pourquoi je vous estime. Par contraste, je perçois quelque chose de pas très clair dans la position de Volkova. C’est ce que les vieux des années soixantes appelaient ici “plastic hippie”. » Réponse de Vorotnikov à Strakovski: « Ça ne trouble aucun des organisateurs que des œuvres volées par des flics soient exposées et ils sont parfaitement à l’aise avec le fait que quelque chose soit montré comme une œuvre de Voïna et signé de notre nom. Le parti a dit qu’il le fallait, le komsomol a répondu “à vos ordres!”. D’en haut on a dit d’exposer Voïna à tout prix, qu’importe ce qui est exposé, pourvu qu’elle y soit. » L’artiste russe Dmitri Boulniguine, participant à la même exposition, est supéfié par les actes de Piotr Verzilov, qui continue à se faire passer pour un participant du groupe Voïna: « À propos, Piotr Verzilov lui [Volkova] a promis de régler cette question avec vous. Apparemment il l’a arnaquée… » Réponse de Vorotnikov à Boulniguine: « C’est mal de participer à un projet dont les participants sont choisis en cachette, secrètement ou par tromperie. Volkova peut bien montrer un cul avec un manche, mais pas sous le nom de Voïna. Je ne lui veut pas le moindre mal, elle est un pion qui exécute les ordres qu’elle reçoit d’en haut, mais il lui reste tout de même encore des oreilles pour entendre, et ce n’est pas la première fois qu’elle refuse d’entendre ce que nous lui disons. Pour nous c’est absolument inacceptable d’être exposés à la biennale corrompue. Pour Voïna c’est une question d’honneur. » 20 Sep 2011, 4:41
Artistes et journalistes du monde! Membres des institutions artistiques! Employés de la 4ème Biennale d’Art Contemporain! Ceci est un appel à soutenir le collectif artistique Voïna. La situation terrible dans laquelle va se dérouler la Biennale d’Art Contemporain de Moscou nous a forcé à recourir à des mesures si extrêmes. Le projet en question est: http://4th.moscowbiennale.ru/en/program/special_projects/impact.html L’IMPACT MÉDIATIQUE. FESTIVAL INTERNATIONAL D’ART ACTIVISTE. Conservatrice: Tatiana Volkova. Co-conservateurs: Anna Dikovitch, Roman Minaïev et Arseni Sergueïev. Architecte: Maria Kalinina. Coordinateurs: Elia Koultchitskaïa et Anastasia Chichkova. L’équipe du projet a mis Voïna sur la liste des participants mais cela a été fait contre notre volonté! De plus, cette exposition va présenter des œuvres contrefaites et fausses, qui n’ont pas de rapport avec nous, de même que des œuvres qui ont été volées à Voïna lorsque les membres du groupe étaient en prison. En novembre 2010, durant la détention des chefs de Voïna Oleg Vorotnikov et Léonide Nicolaïev, toute la documentation concernant les actions récentes de Voïna a été volée. Le vol a été perpétré par les flics russes (à savoir le département anti-extrémisme, le Centre “E”, créé pour réprimer l’opposition et les artistes libres en Russie). Avant cela, toutes les archives matérielles et électroniques avaient été volées par les provocateurs Piotr Verzilov et Nadejda Tolokonnikova. Pendant que les chefs de Voïna étaient en prison, ces individus étaient occupés à diffuser de la désinformation dans les médias (y compris des médias étrangers), s’autoproclamant les chefs de Voïna et s’attribuant la paternité d’actions telles que La Bite prisonnière du FSB!, La Révolution de Palais, Léo le Taré est notre président, Comment voler un Poulet (http://www.liveleak.com/view?i=fef_1279895437) et d’autres. En mai 2010, Verzilov et Tolokonnikova se sont introduits par effraction dans le garage qui abritait les archives de Voïna et ont tout pris. Vous savez probablement que la Russie a un des taux les plus élevés de corruption au monde. La corruption imprègne tout ici depuis le haut jusqu’au bas, particulièrement dans le gouvernement et parmi les officiels de tous acabits, de même que parmi les flics et ceux qui les servent. Le niveau de corruption est si extraordinaire que les citoyens ordinaires et les artistes indépendants ordinaires sont impuissants face à ce système criminel, alors que tous les fonctionnaires ou les conservateurs d’art (ce qui en Russie est la même chose) se couvrent les uns les autres pour faire du profit et recevoir une part du fric des subventions. Les fonctionnaires échappent facilement à la justice avec leurs crimes quotidiens. Les citoyens russes ont depuis longtemps abandonné l’espoir de changer cette situation et ils essayent juste de se cacher et de survivre, pendant que la corruption détruit le pays. C’est encore pire pour les artistes contestataires comme nous qui nous opposons ouvertement au régime politique et au système de l’art complètement conformiste, embourbé dans le mercantilisme et le vol et ne servant que les intérêts des élites dirigeantes. Les organisateurs, la galerie JIR et le Centre ARTPLAY, nous ont inclus dans leur projet “Impact Médiatique. Festival International de l’Art Activiste” par des moyens malhonnêtes, de façon frauduleuse et contre notre volonté. Ils ont l’intention d’exposer des faux, des imitations et du plagiat sous le nom de Voïna. Les œuvres présentées n’ont rien à voir avec notre groupe! Ils le font manifestement exprès, puisque ce n’est pas la première fois qu’ils essayent de faire ces bouffonneries. Nous avons à de nombreuses reprises appelé les organisateurs à ne pas nous inclure dans l’évènement. Nous refusons catégoriquement de participer aux affaires pourries et corrompues de la Biennale de Moscou, qui cherche à maintenir une illusion de vie artistique en Russie devant la communauté internationale. Cependant, notre droit de refus et de non-participation a été violé et notre œuvre volée. En plus des œuvres volées, les organisateurs ont l’intention d’exposer des faux sous le nom de Voïna. Cela est délibérément fait au moment où nous sommes dans l’incapacité de contrecarrer les organisateurs par une quelconque opposition légale. Les autorités et les flics russes menacent Voïna de la façon la plus directe et le groupe est maintenant à deux doigts de l’extermination physique. Des activistes de Voïna ont été enlevés dans la rue et dans leurs maisons et frappés dans les rues. De nouvelles poursuites pénales sont encore en cours de fabrication. Le chef de Voïna Oleg Vorotnikov fait l’objet d’un avis de recherche international qui est basé sur une fausse information. Sa femme Natalia Sokol, une activiste et la coordinatrice en chef du groupe, est sur la liste des personnes recherchées au niveau fédéral. Les autorités la recherchent dans toute la Russie, essayant aussi de l’arrêter et de lui prendre son fils, Casper Dont-On-Ne-Peut-Pas-Détourner-Les-Yeux Sokol. En novembre 2010, ils ont initié une procédure pour lui enlever ses droits parentaux. Les cartes d’identité et les biens des membres de Voïna ont été confisqués. C’est particulièrement préoccupant en Russie, où l’on ne peut même pas emprunter les transports publics ou recevoir d’aide médicale sans un passeport. Le groupe est systématiquement traqué. Les activistes du groupe ont été obligés d’entrer dans la plus totale clandestinité et de s’y cacher sans aucun moyen d’existence légal. Dans ce contexte, Voïna est impuissante à faire face aux conservateurs corrompus et vénaux de l’art russe dans le domaine légal. Pour les membres du groupe, tout recours à la justice et toute apparition publique peut aboutir à des arrestations et emprisonnements, dans le meilleur des cas. Aussi, le simple fait de s’approcher de la police est une incitation directe à la violence physique, comme l’ont démontré les menaces et les attaques passées. Des activistes ont été inculpés dans plusieurs affaires pénales fabriquées, qui les menacent de 7 et 5 années de prison. Dans le domaine légal, nous avons les mains liées! Ça donne aux conservateurs de la Biennale de Moscou l’occasion de faire ce qui leur plaît avec nous, de voler nos œuvres et de les exposer, sans même demander notre permission. Voïna n’a reçu aucun avis ni même la moindre lettre des organisateurs, les conservateurs Tatiana Volkova, Anna Dikovitch, Roman Minaïev et Arseni Sergueïev. Par conséquent nous n’avons pas fourni et nous ne prévoyons pas de fournir quelqu’œuvre d’art que ce soit pour l’exposition. C’est notre droit! Les conservateurs de la Biennale ont délibérément omis de nous informer de leur souhait d’inclure Voïna dans l’exposition. Nous refuserions toute offre de ce genre venant des bureaucrates corrompus de l’art, et ils s’en rendent compte. À cause de cela, ils doivent agir secrètement, discrètement. Leur but est de discréditer l’opposition et l’art contestataire. Ils exploitent éhontément notre situation difficile, ils utilisent la persécution policière et l’ordre direct de la police de liquider Voïna pour faire ce que bon leur semble avec nos œuvres. Ils ne reculent devant rien, pas même devant la malhonnêteté, la fraude, le vol et la falsification. Les organisateurs ne vous ont pas seulement trompés vous, les participants de la Biennale, mais aussi les médias. L’exposition frauduleuse est déjà couverte par la presse, avec l’annonce de notre prétendue participation comme le temps fort de l’évènement. http://www.inyourpocket.com/russia/Moscow/4th-Moscow-Biennale-of-Contemporary-Art_72379f (en Anglais)
http://www.inyourpocket.com/russia/Moscow/concerts-culture-events-entertainment/Exhibitions/Media-Impact-International-Festival-of-Activist-Art_86043v (en Anglais)
http://www.afisha.ru/exhibition/70265/ (en Russe)
Nous vous appelons à nous aider à faire face à cette absurdité légale et à ce pillage flagrant, cyniquement organisé et mise en œuvre par les fonctionnaires conservateurs de la Biennale contre les artistes, privés de tout moyen légal d’agir sur les évènements. Nous vous demandons instamment de boycotter la Biennale de Moscou, organisation embourbée dans une corruption totale, une fraude flagrante et une escroquerie inépuisable. Voïna Les activistes de Voïna: Oleg Vorotnikov, idéologue Le 15 septembre 2011. |